Tu aurai eu 71 ans aujourd’hui. 20 ans sans toi.

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ciel
Tu n’étais pas la meilleure des mamans, tu étais toujours à errer de problème en problème, en te disant que Dieu allait encore te punir. Tu as refusé le dernier traitement qui aurait pu rallonger ton espérance de vie, sans reins, on ne vit pas longtemps. Je comprends et je me souviens, de combien de fois, on a failli te tuer à l’hôpital, je me souviens, j’avais 8 ans et Toome 5 ans. Papa me l’a dit après ton décès, mais il ne pouvait pas t’obliger à faire quelque chose contre ta volonté, c’était un des rendez-vous, auquel vous aviez pris le soin de ne pas m’emmener … On t’a dit « Mme Fadel, réfléchissez bien, pensez à vos enfants ils sont petits ».
Je trouve que tu nous as négligés, moi et mon frère. En tout cas, j’en fais beaucoup pour ma fille, je lui offre tout ce qu’elle veut, je veux qu’elle soit gâtée comme la petite Noor qui ne l’a pas été : ni par la vie, ni par ses parents.
Tu étais dure, stricte, parfois tu rigolais quand même, ça pliais ton visage au teint de porcelaine, et tes cheveux noirs et raides, c’était marrant.
Tu aimais les gens, tu savais comment leur parler, c’était ton caractère, les gens t’adoraient. Tu avais toujours une attention pour eux. Combien de personnes se sont effondrés en larmes devant moi, sachant que tu étais décédée, surtout une en particulier : Suzy. A chaque fois que je la revoyais, elle s’effondrait dans mes bras. Combien de fois j’ai entendu « soyez forts les enfants », Toome en avait écrit une chanson « surprise » qu’il ne m’avait pas fait écouter avant, il l’a chantée en public, je me suis effondrée à mon tour.
Je sais bien ce que tu as vécu, papa me l’a raconté après ton décès. Les violences de ton ex-mari, à 16 ans, j’avais promis d’aller le « dézinguer », papa m’avait dit « à quoi bon la violence contre la violence », il est toujours vivant ce monstre …
Après tu as rencontré l’homme le plus formidable du monde : PAPA. LE modèle masculin auquel je rêve aujourd’hui, c’est impossible de trouver des hommes comme ça aujourd’hui. Vous vous êtes trouvés, l’univers vous a mené l’un vers l’autre. Papa avait travaillé dans le Sud, il avait même acheté une maison près de Nîmes, rien ne le destinait à venir dans l’Allier, lui qui aimait tant le soleil du Sud et la mer … et toi, tu étais hébergée à Vichy. Moi et Toome, nous sommes vraiment les enfants de la chance, pas de la fatalité.
C’était toi, la CHEFFE, maman, papa suivait, tu partais toujours du principe que t’avais raison, et quand tu as une idée dans la tête « c’est comme ça et pas autrement ». Je sais de qui je tiens et ta petite fille aussi … Quand j’étais petite, à l’école, je te marquais comme « chef de famille », j’ai toujours eu cet exemple-là. Dans ma vie personnelle, j’ai voulu être cheffe mais je n’en avais pas la carrure comme toi.
T’avais bien une passion et bien particulière : jouer aux courses de chevaux. Tu étais très forte, tu savais décortiquer les journaux de turf, tu connaissais par cœur les jockeys et les entraîneurs. Tu as souvent gagné. Tu rentrais jouer ton billet devant tous les hommes dans le bar pmu, tu t’en foutais complètement d’eux.
Souvent tu disais « les chats ça ne se mange même pas pourquoi on les nourrit », et la première à leur acheter des petits biberons pour éviter justement qu’ils meurent.
Vous avez vécu ensemble malgré vos différences, toi, qui étais la « grenouille de bénitier » et lui qui disait toujours « y’a pas de dieu qui tienne, on est fait d’eau et de bidoche, on est des molécules c’est tout », ça me faisait rire ! Je revois ta tête quand il te demandait un verre de vin à table, c’était génial. Je vous remercie tous les deux de m’avoir élevée comme ça dans la tolérance. Il y avait un fossé entre vous, mais ça ne vous a jamais empêché d’être amoureux.
Néanmoins sache que je t’aime quand même, que tu restes mon modèle, si je n’avais pas vécu tout ça, toute cette misère, tous ces combats, alors que je n’avais même pas l’âge de les comprendre, je ne serai pas devenue la femme que je suis aujourd’hui, une battante. Pas une battante en carton, une battante en acier, on peut me mettre des coups, me trainer par terre, je me relèverai toujours.
Je trouverai toujours le courage pour ça, car tu m’as appris qu’il y avait la fatalité dans la vie, du coup je sais que j’ai un ennemi pour la vie, et que je le combattrai quoi qu’il arrive. Ta devise a toujours été « marche ou crève », ça me faisait peur d’entendre ça quand j’étais petite. J’ai compris ce que tu voulais dire maintenant, j’en ai vu des tempêtes dans ma vie.
Tu vivais comme si demain ne viendrai jamais, car ce 11 aout 1997, il n’est pas venu … pour toi.
J’espère que tu avais raison, maman, qu’il y a un paradis comme ça vous pourrez vous y aimer pour toujours avec papa.
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