Christine D.

1083
ombre christine

Il a tout fait pour te plaire, ça n’a pas manqué !

Tu as aimé son humour, sa façon de te faire l’amour. Tu as apprécié toute l’humanité de ses qualités… et de ses petits défauts…

Tu t’es laissée séduire, amuser, cajoler, gagner par l’envie d’aimer…

C’était agréable d’avoir d’un coup une telle vivacité, une telle légèreté…

Tu t’es fait berner !

Ton cœur est tombé dans le panneau !

 

Tu es tombé amoureuse d’une image, d’un mirage… Tu as cru qu’il t’aimait…

En vrai, il voulait juste te posséder.

Dés que tu lui as résisté, tu t’es vu brimée, humiliée, dénigrée, rejetée,  compressée, écartelée, trainée, terrassée…

Tu as tout essayé pour arranger l’histoire, mettre sa colère au placard. Tu as discuté, échangé, négocié, adapté… Mais au final rien n’y faisait.

Dés que votre enfant est né, qu’il a pensé ne plus pouvoir être détrôné, les crises ont décuplé.

 

Tu as compris qu’il ne saurait t’aimer, sauf si tu voulais devenir son objet, son jouet, sa poupée…

Tu as puisé le peu d’énergie qu’il te restait, pour préparer ton évasion… Tu as surmonté ta trouille. Tu as mis des mois mais tu as finalement, eu les couilles, de partir…

Il t’a rattrapée.

Parent de son enfant, tu n’as pu t’évanouir…

Une fois séparés les violences ont redoublé.

 

Il te tenait, il voulait te garder…

Cette fois,  l’idée est de t’achever s’il ne peut te récupérer.

Tu es devenue Stressée… Fatiguée… Epuisée…Paniquée

Il t’a culpabilisée, a envahi ton lieu de vie, ton travail. Il a pris tout le monde en otage,  a menacé de tout dévaster…

 

Il a fallu t’esquiver, tout lui laisser, tout arrêter… pour mettre toi et ton petit, à l’abri…

Tu t’es vu dévorée par la peur, la terreur, l’horreur mais tu t’es accroché aux moindres lueurs, sources de chaleur…

Dans ton entourage ça a fait le tri. Certains ont compris, certains par peur ont fui… un peu, beaucoup, complètement… d’autres au contraire, ont été plus que jamais là, à tes côtés… de sacrés appuis.

Tu as lutté, persévéré, usé de toute ta ténacité pour pouvoir  vous protéger, toi et ton petit bout de bonheur…

Tu as multiplié les visites aux policiers. Les mains courantes et les procès se sont enchainés… Tu as mis la dose pour gagner bien peu de choses. Tes économies, ton énergie et ton espoir s’y sont évanouis.

Tu as oublié que cette torture était au strict minimum reconnue par la loi !

Tu n’imaginais pas que le droit familial prévoyait que ce soit le seul supplice où il est demandé à la victime de maintenir coûte que coûte le lien avec son bourreau.

Depuis ton fils pour protéger sa mère veut être un super héros !

Tu as omis que dans une société patriarcale un père pouvait presque tout faire à la mère… Alors pour garder tes droits, tu as pris sur toi.

 

Et maintenant tu n’en peux plus !  Les blessures, les meurtrissures refusent de cicatriser.

La violence conjugale t’a désarçonnée. Ton corps s’est pétrifié, ton cœur s’est desséché et ton cerveau ne cesse de mouliner.

Te voilà toute nue, toute perdue, à douter comme jamais, à sans cesse te sous-estimer, à ne plus t’aimer, à sans cesse appréhender, à sans cesse te questionner…

Après les nombreux « pourquoi »… les « comment » ont pris le relais : Comment l’oublier? Comment vivre avec ? Qu’en faire ? Où le ranger ? Comment le cacher ? Dans quel tiroir le refermer ?… Comment continuer ? Comment faire pour vivre quand on a passé toute son énergie à survivre ? Comment à nouveau aimer quand on a été abusée ?

Les interrogations fusent et t’usent

Elle lapide ton espoir, elle mine ton courage

Petite fille  meurtrie tu as la rage.

Comment apprécier le calme après une tornade, qui a ravagé notre intérieur autant que notre extérieur ? Comment arriver à se ressaisir, se soigner, lutter, avancer ?

J’essaie de me déplier, de me remonter, de réparer les pièces cassées, tenter de me relever,  de me redresser… J’apprécie de rire, sortir,  m’éclater, danser, me décaler, prendre le frais…

Mais ce n’est pas suffisant, régulièrement le tourment me rattrape et me happe…

La nuit surtout, les angoisses sont au rendez-vous.

Son emprise terrorise mon sommeil.

Me voilà flinguée dés le matin. Je me réveille brisée, le corps et la tête emplis de chagrin, consciente d’avoir un avenir incertain…

Je me réveille avec de la tristesse liée à une putain de détresse, à mes sales faiblesses… dont j’ai honte, dont je n’ose plus parler …

Pourtant le désir est fort de mettre des mots sur des maux. Mais les mots sont introuvables, inavouables ou in-entendables…

Parfois j’ai le courage de les écrire… Ils deviennent  au mieux des poèmes… Trop glauques, morbides et sarcastiques pour être énoncés…

Même les râles, les cris, les larmes ont du mal à sortir. Quand ça déborde, ils jaillissent et mettent tout pêlemêle. Ils font que tout s’emmêle. Les mots qui s’échappent sont inaudibles parce que sanglants, cinglants et gluants…

Ils sont ceux de la souffrance. Ceux avec lesquelles, on veut garder de la distance. La violence, ses tourments sont donc restés confiner en dedans…

J’ai craint qu’en m’en désencombrant elle contamine de nouveaux pans, qu’elle fasse de nouveaux ravages,  qu’elle oblige d’autres oreilles et d’autres bouches à se fermer.

La violence conjugale vous coule même après, que le gros de l’orage soit passé…

Elle invoque le silence. Elle vide, scinde, enferme et cloisonne.

Elle détruit tout, par à-coups…

Elle contamine insidieusement, se divulgue sournoisement …

Elle convoque un sale cafard, de sombres idées noires, anéantie tout espoir.

Elle convie la peur, la rancœur, une sale humeur, ma terreur.

Elle invite une colère amère qui m’étouffe, m’asphyxie, me crispe, me pétrifie.

Elle m’empoisonne.  Je blêmis, maigris, faiblis… Elle me tue petit à petit.

 

Je souhaite trouver avec vous la force d’en venir à bout.

Je cherche en moi les armes pour faire bouger mes écrous.

Pour retrouver le calme,

Pour rallumer la flamme…

Christine D. – janvier 2016

27
· ·


Articles & les commentaires associés

  • …les 03 dernieres phrases sont magnifiques ……à voir ou à revoir un court métrage « Avant que de tout perdre » sur ce sujet

    Gilbert C. 4 février 2016 21 h 08 min Répondre
  • Quel témoignage poignant dans lequel tant de femmes doivent se retrouver! Merci d’avoir eu le courage d’écrire ces mots pour combattre vos maux.
    On ouvre une porte.
    On ouvre un livre.
    La solitude s’oublie.
    Les mots emportent le secret.
    La clef délivre la porte.

    Marie Agullo 27 février 2016 14 h 42 min Répondre
    • merci marie pour ce retour

      deroment 20 avril 2016 17 h 43 min Répondre
  • A chaque jour un petit pas, le temps a besoin de passer par là; tu as mené un si long et dur combat que le repos du guerrier est tellement mérité. Ne perds jamais espoir, car tu as de la femme en toi et ça, ça ne s’oublie pas, ça se vit .

    AB 1 mars 2016 8 h 48 min Répondre
    • ok merci

      deroment 20 avril 2016 17 h 45 min Répondre

Laissez-nous un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *